Portraits

Mardi 22 avril 2008






Une petite fille prénommée Yû se voit confier une étrange baguette magique par Pino Pino, un gentil extra-terrestre. Avant de quitter la Terre, celui-ci laisse derrière lui deux de ses amis, Poji et Nega, qui épousent la forme de petits chats, rose et bleu. Ils ont pour mission d'assister Yû dans sa vie de tous les jours, afin de l'aider à maîtriser ses nouveaux pouvoirs.
La petite fille va alors bientôt se transformer en jeune demoiselle de 16 ans : belle et talentueuse, elle va un peu par hasard commencer une carrière dans la chanson.

La vie de Yû ne sera plus jamais comme avant...






Creamy c'est un peu la Rolls-Royce des Magical Girls, l'Ayatollah de la scène j-pop, une véritable terroriste du sourire : elle distribue en effet ces derniers sans jamais faiblir !
Ses concurrentes peuvent directement aller se rhabiller : Vanessa, Emi et même Suzy avec ses fleurs fanées…elles ne boxent tout simplement pas dans la même catégorie.

Les raisons de ce succès ? Un chara-design à la fois kawaii et classieux signé Takada Akemi ; une histoire à tiroirs (ok y'en a pas des masses, seulement deux) qui jongle allégrement entre les petits soucis quotidiens d'une gamine et l'énorme machine à succès qui (dé)règle la vie d'une pop-star juvénile ; des personnages réussis et qui sont définitivement super attachants ; et enfin un univers musical si bien fichu qu'il va transformer les spectateurs, au fil du récit, en véritables groupies foncièrement accro à cette drogue si douce qui frappe pourtant si durement : Creamy Mami.


















Je reprends dans l'ordre : le chara-design est fameux, certes le graphisme a quelque peu vieilli (la série date de 1983) mais les dessins de Creamy qui illustrent aujourd'hui tant d'art book sont tout simplement sublimes. On retrouve dans ces dessins un petit coté kawaii incarné par la toute jeune Yû ou encore par ses très expressifs petits chats (des extra-terrestres en fait), qui immortalisent ici une figure classique du style kawaii.

L'histoire à présent : elle se renouvelle souvent et n'ennuie jamais car elle alterne deux univers radicalement différents. Dans le premier, Yû est une petite fille (qui travaille en famille…), avec ses petits tracas de toute jeune écolière (elle est amoureuse d'un plus grand garçon qui ne pense qu'à…Creamy), ses petites colères et surtout ses joies si naïves et communicatives. Parallèlement à cela, l'histoire de Creamy nous conte la très vive ascension d'une idole, pop-star de son état. Il s'agit évidemment de Yû, transformée en jeune femme de 16 ans et qui grâce (en partie) à ses pouvoirs magiques va rapidement devenir une super star. Ici ce sont les problèmes de gestion de carrière, les paparazzis, les concerts, les jalousies, la concurrence, qui sont avant tout mis en avant. Bien évidemment, les deux univers ne sont pas indépendants et c'est là que la série CREAMY MAMI puise tout son intérêt : Yû doit cacher à tout le monde qu'elle est Mami (sous peine de perdre ses pouvoirs), elle doit également faire face à un cruel dilemme : lorsqu'elle se transforme, Toshio, l'adolescent dont elle est amoureuse, l'oublie purement et simplement au profit de Creamy Mami… oui la vie est parfois injuste !

Les personnages maintenant : je commence tout de suite par le gros ratage de la série, en la personne de Midori. Un jeune obèse et boulimique qui ne pense qu'à manger (super), et qui est obsédé par Yû. En plus d'être vraiment inutile, Midori est énervant. Heureusement, pour le reste aucun protagoniste n'est mis de coté, ils ne constituent absolument pas des faire-valoir puisqu'ils ont chacun leur personnalité et sont souvent mis sur le devant de la scène.
















J'en termine ici avec les compliments en envisageant l'univers musical de CREAMY MAMI. Celui-ci est tout simplement si-dé-rant. Les chansons sont en effet très travaillées, et les titres composés pour illustrer le répertoire de Mami sont vraiment très crédibles pour une idole issue de la japanime.
En plus d'être réussies, les chansons sont également très nombreuses (des albums sont sortis, même en France en VF !). Dommage néanmoins que la petite Creamy se contente d'une seule chanson pendant plus de 17 épisodes… C'est en effet uniquement au 17ème épisode que l'on entend un nouveau titre en fond musical. Il faudra même attendre l'épisode 19 pour que le producteur de Creamy présente enfin un nouveau tube de la magicienne des scènes (l'épisode est d'ailleurs très bon, avec un concert sur le point d'être annulé alors que justement il devait lancer la nouvelle chanson !). Par la suite lesdites chansons seront plus nombreuses, plusieurs titres seront même crées pour des OAV (dont un duo avec la rivale de Mami : Ayase Megumi). Je précise également qu'en VF, les diffuseurs de l'époque ont eu l'intelligence de reprendre à l'exacte les mélodies japonaises. Seules les paroles des chansons ont donc changé en français : attention il ne s'agit pas de vraies traductions, mais vu la profondeur des paroles japonaises, ce n'est pas trop grave…

Notons enfin que la série, si elle connaît quelques petits coups de moins bien (lorsque des épisodes entiers s'attardent sur des anecdotes sans rapport avec l'univers professionnel de Creamy) n'est jamais aussi bonne que lorsqu'elle prend le temps de dépeindre les relations conflictuelles entre Toshio et Yû, cette petite fille qui tente désespérément de se rapprocher de son amour secret sans jamais pouvoir lui dire qu'elle est en fait la vraie Creamy.















Pour les nouveaux venus, sur lesquels la fibre nostalgique des années 80 ne jouerait pas, ne soyez pas freinés par l'aspect un brin désuet de l'animation (c'est très daté, les lèvres bougent ainsi souvent sans être vraiment synchro avec les dialogues). Faites un effort léger et vous serez récompensés. Fous rires, séduisantes émotions, musiques formidables et petits rebondissements certes un brin convenus, tout est ici réuni pour faire de cette charmante jeune fille la plus indispensable des gamines, la plus attachante des magiciennes : Morisawa Yû, aka Creamy Mami.

Et puis une héroïne qui prend la forme d'une drogue douce…ça mérite d'être testé, non ?






QUESTIONS NERD : LES QUESTIONS QUI FÂCHENT, QUI AMUSENT OU QUI TÂCHENT


1 /  Aujourd'hui, où en est exactement Mami au Japon ?

Réponse : mon coup de gueule du moment. Après avoir cherché des goodies en tous genres (art book, figurines ou disques) dans le Kansai et plus précisément à Osaka, je n'ai trouvé en tout et pour tout qu'une seule poupée de Yû... Les Magical Girls ne sont plus à la mode ici, et des séries comme HOKUTO NO KEN, LUPIN ou ROBOTECH ont beaucoup mieux vieilli (il fallait voir la tête des vendeurs de mag' spécialisés lorsque je leur demandais des goodies de Mami...).


2 /  Une enfant qui se transforme en jeune fille de 16 ans, et jamais le problème des règles périodiques n'est posé. Est-ce bien sérieux ?

Réponse : vous n'avez rien compris. Mami c'est la pureté incarnée. D'ailleurs elle ne va jamais aux toilettes non plus.


3 /  Le portrait touche à sa fin, il serait peut-être temps de faire claquer le jeu de mots foireux du moment, non ?

Réponse : très bien mais je vous avertis. Cette fois-ci vous auriez mieux fait de ne pas le réclamer...



Pourquoi la jeune Ai pleure-t-elle de joie ?





Réponse de l'intéressée : "Parce que Creamy Mami un doigt..."








Mon entier dossier consacré à Creamy Mami (les OAV, les clips, la série TV, les CD) est disponible sur le site HKMANIA en cliquant sur le lien suivant : salut, le lien suivant c'est moi

Portrait précédent sur Zen Altitude : Romain Slocombe



Par Oli
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Dimanche 28 octobre 2007
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Romain Slocombe est un artiste français touche à tout. On l’a vu au départ dans les années 70 avec Métal Hurlant, on a lu quelques unes de ses BD, apprécié ses photos de japonaises blessées, parfois eu la chance d’assister aux projections de ses trop rares films, et souvent eu l’occasion, ces dernières années, de lire ses nouvelles noires et crucifiées, aux éditions Gallimard ou encore Fayard.

 

Si le Japon a toujours été un élément moteur de son inspiration, si l’intéressé parle bien mieux que moi de la raison qui l’a poussé un jour à nourrir une telle passion (déraison) pour le Pays du Soleil Levant, Romain Slocombe ne s’est jamais défendu de ses penchants fétichistes. Encore mieux, il en a fait son fond de commerce ! Fétichiste, c’est un fait. Mais qui ne l’est pas, répond alors l’intéressé, amusé.



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Artiste à la mode il y a quelque temps au Japon, apôtre de l’art médical et militaire, ses photos de japonaises brisées et apparemment soumises, ces femmes de plâtre comme des poupées désarticulées au sourire presque gêné n’en finissent pourtant pas d’hanter l’imaginaire du public et il n’est pas surprenant, aujourd’hui encore, de tomber fortuitement sur une expo, un recueil de photos ou sur des amateurs de Romain Slocombe, où que vous vous trouviez dans le monde (j’en parle en connaissance de cause). Des éditeurs français ont même fait appel à l’artiste pour commenter quelques bonus de films japonais en DVD (KAÏRO, CHARISMA, LE COUVENT DE  LA BETE SACREE, ELLE S’APPELAIT SCORPION).





sugar41K12JFQKZL-SS500--copie-1.jpg Avant tout reconnu pour ses talents de photographe, ses travaux ont certainement contribué à démocratiser quelque peu le terme « fétichisme », tout du moins à le dépoussiérer de ces tonnes de stupres basiques et autres mauvais maux qui lui ont toujours trop collé à la peau.
Des japonaises attachées, des japonaises blessées, en costume militaire ou d’infirmière… Faut-il y déceler là un excès de machisme de la part de l’auteur, un désir de soumettre, de punir ? Le mâle directeur et la femelle qui a le droit de se taire. Accessoirement de souffrir un peu aussi.
Le résumé est volontairement usité, car la situation est plus complexe que cela. Il faut parfois chercher au-delà des idées reçues et autres stéréotypes tellement rabâchés qu’ils en finissent par écorcher. Le japonais est ainsi le maître incontesté de son foyer, la japonaise autrefois choyée s’habille aujourd’hui comme une femme de joie et déambule dans les rues nippones complètement désinhibée : short moulant, bottines à talons aiguilles, chaussettes coquines remontant jusqu’au genou, jarretelles apparentes, et j’arrête ma liste ici car rien que le fait d’énumérer tout cela commence à m’exciter un peu.



Pire, de nos jours, les plus jeunes filles jouent de leur charme comme si elles avaient fait cela toute leur vie, les écolières même s’amusent à remonter leurs jupes et à jouer élégamment de leurs bas et chaussettes. Les hommes japonais, comme le point de vue fétichiste de Romain Slocombe, seraient donc parfaitement machistes et dominateurs. Voilà, la démonstration est terminée. Ce serait simple, n’est-ce pas, de s’arrêter là ? Car selon moi la situation est toute autre. En effet, qu’il s’agisse du mouvement kawai, des ganguro-gyaru ou encore des bihakukei, voire même des simples jeunes filles qui s’habillent comme expliqué un peu plus haut, et bien ce phénomène est loin d’être dénué de justifications. En effet, à travers lui les jeunes femmes ont cherché à renverser les codes culturels pré-établis : on les considère immatures, et bien elles vont démontrer qu’elles sont capables, à leur tour, d’user de leur pouvoir (essentiellement sexuel) pour manipuler celui qui les cantonne souvent dans un rôle secondaire : l’homme. Les lolitas nippones jouent donc de leur corps comme d’un outil de provocation, et lorsque les politiques et sociologues de tous bords ont tenté de comprendre (et souvent de condamner) ce mouvement, les jeunes filles ont répondu de manière directe en ridiculisant ces têtes bien pensantes, c'est-à-dire en poussant encore plus à l’extrême la carte du kawai. En face de cela, l’homme cultive des fantasmes de domination (bondage, jeune fille entièrement soumise) en réaction à sa perte d’autorité.

Ainsi dans le cadre des photos fétichistes de Romain Slocombe, qui est vraiment le dominé ? Le photographe qui vit pour mettre en scène ses clichés au plus près de ses fantasmes ou le modèle qui s’en amuserait presque, consciente de ses atouts et de son pouvoir sexuel sur l’artiste (et accessoirement aussi sur le public) ? 

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--t--japonais-.jpg Cette réflexion n'a pas pour ambition de dresser le profil type de Romain Slocombe ou de ses admirateurs, il ne s'agit que d'un point de vue ayant pour but de dessiner un portrait plus personnel d'un artiste que j'apprécie au plus haut point. En tout état de cause, il ne me semble pas que Romain Slocombe ait jamais exprimé la brutalité au travers de ses travaux. Bien au contraire, l'homme est posé et très calme. Quand on s'attarde sur ses oeuvres, on s'aperçoit aussi très rapidement que le respect de la femme occupe une place centrale de sa réflexion, de son langage. Ainsi dans le film KINBAKU LA FORET DES ARBRES BLEUS, qui retrace le petit calvaire de modèles posant pour une revue porno, Romain Slocombe parvient à donner une âme à ces japonaises. Derrière les images crues, il nous révèle des jeunes femmes parfaitement équilibrées, avec une vie, un quotidien banal et, surtout, un avenir. De même, comment ne pas déchiffrer l'admiration qu'a Slocombe pour les femmes en général et les japonaises en particulier, à la simple lecture de ses derniers romans : la tétralogie de la Crucifixion en Jaune. Ces quatre livres, tour à tour inquiétants et hilarants, content les mésaventures d'un photographe fétichiste (Gilbert Woodbrooke) au Japon. Bien évidemment, il doit y avoir beaucoup de Romain Slocombe dans ce personnage fictif là. L'intéressé m'a par ailleurs confié que de nombreuses anecdotes avaient une souche véritable, avant bien entendu que l'écrivain (ou obsédé textuel) n'extrapole pour rendre ces pérégrinations encore plus folles !

Gilbert Woodbrooke donc, coureur invétéré, accroc aux japonaises, au bondage et à l’art médical et militaire.  Fétichiste de son état, excité à la vue d’une japonaise en uniforme et qui déploie parfois les efforts les plus insensés pour avoir la chance de mettre en scène ce qu’il s’était préalablement imaginé. Dominateur, Woodbrooke ? Esprit supérieur, manipulateur, Woodbrooke ? Bien au contraire, le photographe anglais serait avant toute autre chose le pantin de ses dames. Mais il en est conscient, et plonge souvent dans les ennuis les plus inextricables avec un sourire complice aux lèvres. Les femmes sont en effet les personnages forts, des quatre romans. Certaines ont le sens du sacrifice (la femme de Woodbrooke lui pardonne beaucoup de choses pour sauver leur famille et leurs enfants), quand d’autres savent faire preuve de courage, de malice, voire d’un certain sens de la manipulation. A propos de ce masque trompeur de la jolie et naïve petite japonaise qui s’évaporerait pour faire place à une femme sachant aussi tirer discrètement avantage de la situation, je vous conseille le film WEEK-END A TOKYO, de Romain Slocombe et Pierre Tasso. La fin est parfaitement révélatrice de tout ce qui a été dit jusqu’ici.



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A noter que Romain Slocombe, qui ne prend d’ailleurs plus de photos exclusivement avec des japonaises, a scénarisé le film d’animation PEUR(S) DU NOIR, qui doit sortir en février 2008. La bande annonce, très prometteuse, est visible sur le site officiel du film.

 

 

 


Vous trouverez ci-dessous les chroniques d'UN WEEK-END A TOKYO et de KINBAKU LA FORET DES ARBRES BLEUS, découverts lors d’une projection en compagnie de l’auteur durant le Festival du Film Asiatique de Lyon il y a de cela quelques années, ainsi que les indispensables QUESTIONS NERD : les questions qui fâchent, qui amusent ou qui tâchent. Je ne publie pas de bibliographie ou autre filmographie car Wikipédia fait cela bien mieux que moi : tout y est repertorié avec soins, je n'allais donc pas m'abaisser à faire un simple copier-coller. 
Une recommandation de lecture également, indépendante de la carrière de Slocombe mais dans le même univers : POUPÉES, ROBOTS : LA CULTURE POP JAPONAISE (de Alessandro Gomarasca, aux Editions Autrement).





UN WEEK-END A TOKYO
Année : 1999
Réalisation : Pierre Tasso et Romain Slocombe
Durée : 22min


La jeune Yuka, originaire du nord du Japon, a rencontré Jean-François à Paris. Elle en a gardé un souvenir ému, et se souvient de lui comme d’un homme tendre : un amour parfait en quelque sorte. Apprenant que celui-ci doit revenir quelques jours sur Tokyo, elle prévoit de le rencontrer, bien que le français n’ait jamais répondu à aucune de ses (nombreuses) lettres...


weekendatokyo-1.jpg Romain Slocombe est tout à la fois illustrateur, photographe, écrivain et réalisateur. Inventeur de « l’art médical », ses photos fétichistes ont fait le tour du monde. Passionné par l’Asie et le Japon en particulier, il a très vite utilisé toutes les formes d’expression qu’il maîtrisait pour pouvoir parler (en bien comme en mal) de ce pays. Touche à tout de génie, c’est sans trop d’encombre qu’il est ainsi passé derrière la caméra. Son court métrage intitulé Week-end à Tokyo a remporté de nombreux prix à travers le monde. Il faut noter que c’est Romain Slocombe qui signe la réalisation et l’écriture des textes, Pierre Tasso (qui n’a d’ailleurs jamais mis les pieds au Japon) étant plus présent au niveau de la pré-production et du montage.

Le film est construit comme un chassé-croisé amoureux, entre un français qui n’a plus rien de l’homme idéal imaginé par la jeune Yuka, et cette dernière qui semble, en apparence, bien innocente. Yuka lit en voix off ses lettres et Jean François enregistre ses impressions sur un dictaphone. Des malentendus vont naître de ce décalage. Pourtant, si tout semble les séparer, ils vont, sans le savoir, se rapprocher chacun de leur but (à savoir passer une nuit avec l’autre) mais pour des raisons bien différentes : le français veut une aventure brève et torride, la jeune femme veut connaître l’amour...
Romain Slocombe porte un regard amusé et amusant sur les deux protagonistes de son histoire qui se cherchent longtemps et qui vont finir par se croiser mais sans jamais vraiment se rencontrer. Il filme (parfois à la manière d’un documentaire) aussi bien les lieux branchés d’un Tokyo surpeuplé que les artères moins connues, et ces routes de banlieues, qu’aperçoit distraitement la jeune Yuka au travers de la vitre d’un bus l’accompagnant depuis sa province.
Slocombe a construit son film comme un voyage singulier au sein de la capitale nippone, jouant sur les différences culturelles et les apparences, usant de sa verve pour nous livrer des textes drôles ou décalés.
Mais Week-end à Tokyo c’est encore bien plus que ça, Slocombe ne se contente pas de nous livrer son regard amusé, passionné et connaisseur sur le Japon, mais construit une véritable intrigue romantique, et vers la fin on ne distingue plus vraiment le manipulé du manipulant...






KINBAKU : LA FORET DES ARBRES BLEUS
Année : 2001
Réalisation : Pierre Tasso et Romain Slocombe
Durée : 26min


Deux jeunes femmes se rendent dans la mystérieuse forêt de Kinbaku pour une séance de photos organisée par un magasine sado-masochiste. Parallèlement aux prises, les jeunes femmes parlent de leur vie quotidienne, par le biais de plusieurs voix off.


kinbaku-1.jpg kinbaku-2.jpg

 






Co-réalisé par Pierre Tasso et Romain Slocombe (mais c’est ce dernier qui tient la caméra et qui écrit les textes), l’histoire prend place dans la forêt de Kinbaku, sur les pentes du Mont Fuji. Une forêt sombre, et à la triste réputation : les gens désespérés y viennent en effet pour se suicider. Les histoires de cadavres retrouvés pendus sont légion, sans parler des légendes qui parlent de squelettes abandonnés et de fantômes, errants, entre les tristes arbres de la forêt de Kinbaku.

Le lieu est vraiment sordide, déprimant. Un endroit sombre, qui devient effrayant lorsque la nuit tombe. Jamais un bruit ne s’élève au milieu de cette nature figée, comme morte, et d’ailleurs Slocombe a ajouté quelques chants d’oiseau épars, semblables à des lentes complaintes prononcées par les suicidés de la forêt. Sa caméra rend d’ailleurs parfaitement compte de la singularité de l’endroit, et parfois on a véritablement l’impression de se retrouver au beau milieu d’un monde parallèle et moribond.
Dans la forêt, les modèles dévoilent leur corps, sans pudeur. Accessoiristes, photographes, sont aux petits soins pour elles. Car les jeunes femmes souffrent. D’abord du froid, car elles sont bien entendu complètement nues, mais aussi de la violence de certains bondages (il n’est jamais agréable de se retrouver mains et jambes liées, suspendue entre deux branches...), et enfin de l’atmosphère très pesante de l’endroit. Certaines d’entre elles le disent d’ailleurs : elles craignent de rencontrer des squelettes ou des fantômes, et sont pressées d’en finir pour pouvoir rentrer chez elles.
Les jeunes modèles s’expriment par l’intermédiaire d’une voix off, sur un ton monocorde, et doux, qui contraste avec les images parfois osées, et crues. Elles racontent leurs expériences, une journée prise au hasard dans leur vie, une anecdote : des sujets de discussion que nous pourrions avoir vous et moi. Il en ressort que ces filles sont comme n’importe quelle autre femme, et si elles font des photos de ce genre, ce n’est pas pour une autre raison que l’argent. Les voix off nous dévoilent les véritables personnes, cachées à l’intérieur des corps.

Le film commence par quelques plans de la jungle urbaine japonaise, et finit de la même manière. Un moyen pour nous faire comprendre que cet intermède photographique ne prend son sens que dans cette vie moderne et urbaine, où les hommes de tous bords s’arrachent ces photos, que ce soit de la main à la main ou maintenant, plus facilement, sur internet.

La forêt des arbres bleus est un court-métrage très intéressant, qui plaira peut-être autant à ceux qui apprécient ce genre de photos qu’à ceux qui ne connaissent pas vraiment le phénomène, et qui trouveront là matière à réfléchir. Un film qui peut donc plaire, et également déplaire, car il ne ressemble vraiment à aucun autre, et certains n’y verront sans doute qu’un banal essai réalisé dans l’optique de montrer des japonaises nues et attachées... Mais si Romain Slocombe nous présente des corps superbes et suppliciés, c’est également en parvenant à leur donner une âme.

 



QUESTIONS NERD : LES QUESTIONS QUI FÂCHENT, QUI AMUSENT OU QUI TÂCHENT


1 /  Le fétichisme, c'est une maladie ?

Réponse : heu...pas plus que le communisme, le catholicisme ou encore le fait d'appartenir à un news group de joueurs de World Of Warcraft...


2 / Les admirateurs de Romain Slocombe, ils sont... normaux ?

Réponse : d'après des études très poussées sur ma petite personne, je répondrais "bien évidemment non". Je sais pas vous, mais moi ça me ferait un choc d'apprendre que je suis parfaitement normal !
Pour l'anecdote, je me suis rendu avec mon amie du moment à une séance de dédicace de Slocombe dans une libraire érotique lyonnaise il y a quelques années de cela. Sur place dans la file d'attente, un français m'a quand même proposé directement (et en face de ma copine) si je souhaitais pratiquer l'échangisme avec lui et son amie japonaise... Sur le coup ça ne m'a pas trop fait marrer, mais tant qu'il demande gentiment, hein...


3 / Pourquoi si peu de jeux de mots dans ce portrait, alors que c'est l'une des marques de fabrique de ce blog ?

Réponse : Ok, on finira donc par cela. Mais c'est bien parce que vous l'avez réclamé...


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Et elle dirigea vers moi, amoureuse, son seul oeil levant...
Par Oli
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